Les Durand père et fils sont très engagés dans cette lutte contre des produits qui, bénéficiant de l'absence de marque déposée pour le couteau, inondent le marché, pas toujours à bas prix. Ces couteaux venus d'ailleurs, espèce de rançon du succès, sont des « produits parasitaires », tonne Honoré, le père. Et les consommateurs sont dupés, éclaire Christophe, un des fils. Car, par exemple, les lames pakistanaises sont fabriquées avec un piètre acier, celui à partir duquel on fabrique des fers pour les ânes. Les lames cassent bien souvent et ces imitations peuvent s'avérer dangereuses, comme le confirme un responsable de la direction régionale des douanes en témoignant de saisies justifiées par le non-respect des normes. Et que dire de ces couteaux qui faisaient réagir le détecteur de radioactivité ? D'où provenait l'acier ?

Les Durand savent bien qu'on ne peut parler de contrefaçons à propos du couteau de Laguiole. Ce terme est impropre car, lors de la relance du couteau made in Aubrac, à la fin des années quatre-vingt-dix, la précaution de déposer la marque n'a pas été prise. Bref, tout un chacun peut fabriquer du Laguiole. Cette invasion, alliée à d'autres imitations de pacotille, coûte terriblement cher à la coutellerie française qui a perdu, rien qu'à Thiers, sa capitale, quelque 3 000 emplois en cinq ans. Mais c'est toute la coutellerie européenne qui souffre de cette rude concurrence.

Il y a deux semaines, une interprofession Aubrac-Laguiole a été portée sur les fonts baptismaux afin de défendre ces deux dénominations, liées à un terroir. À l'initiative de la réflexion, il y a trois ans, les Durand n'ont pas adhéré. Christophe Durand estime en substance qu'il convenait, avant de se lancer, donner une définition du couteau de Laguiole, couteau de qualité qui doit, pour être labellisé, obéir à un cahier des charges. Et puis, n'envoie pas dire Honoré Durand, le fondateur, parmi les adhérents, se trouvent des commerçants du cru qui écoulent des produits parasitaires.